Courbes de déclenchement B, C, D d'un disjoncteur
Sur un disjoncteur, tu lis par exemple « C16 ». Le 16, c’est le calibre en ampères. Mais le C ? C’est la courbe de déclenchement, et elle répond à une question précise : à partir de quel courant l’appareil doit-il couper instantanément ? Selon ce qu’on branche derrière, la bonne réponse n’est pas la même.
Petit rappel : les deux déclencheurs d’un disjoncteur
Un disjoncteur magnétothermique a deux mécanismes de coupure indépendants :
- le thermique : un bilame qui chauffe quand le courant dépasse le calibre. Plus le dépassement est fort, plus il coupe vite — mais on parle de secondes ou de minutes. C’est la protection contre les surcharges.
- le magnétique : une bobine qui attire un percuteur dès que le courant devient énorme. Coupure en quelques millisecondes. C’est la protection contre les courts-circuits.
La « courbe de déclenchement », c’est le graphique qui montre le temps de coupure en fonction du courant. La partie thermique est commune à tous ; c’est le seuil du magnétique qui change avec la lettre.
B, C, D : trois seuils magnétiques
Les seuils s’expriment en multiples du calibre In :
- Courbe B : déclenchement magnétique entre 3 et 5 × In. Un B16 coupe instantanément entre 48 et 80 A.
- Courbe C : entre 5 et 10 × In. Un C16 coupe instantanément entre 80 et 160 A.
- Courbe D : entre 10 et 20 × In environ (la plage exacte varie selon les référentiels et fabricants). Un D16 tolère des pointes jusqu’à ~160 à 320 A avant de couper instantanément.
Pourquoi une fourchette et pas une valeur unique ? Parce que la norme définit une zone : en dessous du bas de la fourchette, l’appareil ne doit pas déclencher au magnétique ; au-dessus du haut, il doit déclencher. Entre les deux, ça dépend de l’exemplaire.
Il existe aussi des courbes moins courantes : Z (très sensible, électronique fragile) et MA (magnétique seul, pour départs moteurs avec protection thermique séparée). Tu ne les croiseras pas dans une maison.
Pourquoi trois courbes ? À cause des courants d’appel
Si le magnétique déclenchait toujours à 3 × In, on aurait un problème : beaucoup d’appareils absorbent au démarrage un courant très supérieur à leur courant normal, pendant une fraction de seconde. C’est le courant d’appel :
- un moteur peut appeler 5 à 8 fois son courant nominal au démarrage ;
- un transformateur, une pointe brève encore plus violente à la mise sous tension ;
- même une rampe de LED avec ses alimentations peut faire un pic à l’allumage.
La courbe sert donc à laisser passer les pointes normales de démarrage sans rater les vrais courts-circuits :
- Courbe B : pour les circuits sans courant d’appel, ou quand on a besoin de déclencher avec peu de courant. Cas typiques : grandes longueurs de câble (le court-circuit en bout de ligne est « mou », le courant de défaut est faible), installations alimentées par un groupe électrogène ou un onduleur (source incapable de fournir un gros courant de défaut).
- Courbe C : l’usage général. Prises, éclairage, électroménager : c’est la courbe standard de l’habitat, le bon compromis entre tolérance aux petites pointes et sensibilité au défaut.
- Courbe D : pour les récepteurs à fort courant d’appel : moteurs costauds, transformateurs, certaines machines d’atelier. En contrepartie, il faut vérifier que le courant de court-circuit disponible en bout de circuit dépassera bien le seuil (sinon le magnétique ne verra jamais le défaut, et seul le thermique — lent — travaillera).
Ce que la courbe ne change pas
Trois précisions pour éviter les confusions classiques :
- La courbe ne change pas la protection contre les surcharges : un B16, un C16 et un D16 ont le même comportement thermique. Le choix du calibre reste dicté par la section du câble (choisir le calibre).
- La courbe n’a rien à voir avec la protection des personnes : les fuites à la terre, c’est l’affaire du différentiel 30 mA (qui protège quoi), pas du magnétique.
- La lettre de courbe (B, C, D) n’a rien à voir avec le type de différentiel (AC, A, F, B) : même alphabet, sujets totalement différents (les types expliqués ici). Le « B » d’un disjoncteur B16 et le « type B » d’un différentiel sont deux mondes.
En pratique, dans un logement, tu peux retenir : courbe C partout, sauf cas particulier identifié par un électricien (très grande longueur, groupe électrogène, moteur spécifique). Si tu remplaces un disjoncteur, remplace-le à courbe et calibre identiques, coupure générale faite au préalable — et fais valider tout changement de courbe par un professionnel.
Questions fréquentes
Mon disjoncteur C16 saute quand l’aspirateur démarre, je passe en D16 ?
Pas si vite. D’abord, vérifie que c’est bien un déclenchement instantané au démarrage (magnétique) et pas une surcharge du circuit. Ensuite, un aspirateur domestique ne devrait pas faire broncher un C16 : l’appareil a peut-être un défaut. Passer en courbe D se justifie rarement en habitation et doit être validé par un électricien (il faut vérifier le courant de court-circuit du circuit).
Comment je sais quelle courbe j’ai dans mon tableau ?
C’est écrit sur la façade du disjoncteur : la lettre précède le calibre (« C16 », « B10 »…). Dans un tableau résidentiel récent, tu ne trouveras quasiment que du C.
Une courbe B est « meilleure » qu’une C ?
Ni meilleure ni pire : plus sensible. Elle coupe plus tôt sur les défauts faibles (utile en bout de longue ligne), mais elle risque des déclenchements intempestifs sur les pointes de démarrage. La bonne courbe est celle qui correspond au récepteur et à la ligne, pas la plus « nerveuse ».