Le glissement d'un moteur asynchrone : définition et calcul
Le glissement, c’est LA grandeur qui donne son nom au moteur asynchrone : le rotor « glisse » légèrement derrière le champ tournant, il ne le rattrape jamais. C’est aussi une question quasi garantie en contrôle et au BAC. Bonne nouvelle : la formule tient sur une ligne et le calcul prend trente secondes quand on est méthodique.
Définition : le retard du rotor sur le champ
Dans un moteur asynchrone, deux vitesses cohabitent :
- ns : la vitesse de synchronisme, c’est-à-dire la vitesse du champ tournant créé par le stator. Elle vaut ns = 60 × f / p (tr/min) — tout est expliqué dans vitesse de synchronisme et paires de pôles ;
- n : la vitesse réelle de rotation du rotor, celle qu’on lit sur la plaque ou au tachymètre.
En fonctionnement moteur, on a toujours n < ns. Ce retard est indispensable : c’est parce que le rotor voit « défiler » le champ qu’il y a induction, donc courants induits, donc couple. Si le rotor atteignait ns, plus rien ne varierait pour lui : plus de couple du tout (relis le moteur asynchrone expliqué simplement pour le mécanisme complet).
Le glissement g mesure ce retard en proportion de ns :
g = (ns − n) / ns
C’est un nombre sans unité, presque toujours exprimé en pourcentage (on multiplie par 100).
Exemple chiffré complet, pas à pas
Un moteur asynchrone triphasé 4 pôles est alimenté en 50 Hz. Il tourne à n = 1440 tr/min. Calcule son glissement.
Étape 1 — Trouver ns. 4 pôles = 2 paires de pôles, donc p = 2. ns = 60 × f / p = 60 × 50 / 2 = 3000 / 2 = 1500 tr/min.
Étape 2 — Calculer l’écart de vitesse. ns − n = 1500 − 1440 = 60 tr/min.
Étape 3 — Diviser par ns. g = 60 / 1500 = 0,04.
Étape 4 — Convertir en pourcentage. g = 0,04 × 100 = 4 %.
Le rotor tourne 4 % moins vite que le champ. C’est une valeur tout à fait typique : à charge nominale, le glissement d’un moteur industriel se situe généralement entre 2 et 6 % environ.
Les valeurs remarquables du glissement
Trois situations à connaître par cœur :
- Au démarrage : le rotor est immobile, n = 0, donc g = (ns − 0)/ns = 1 (soit 100 %). C’est là que les courants induits — et le courant absorbé — sont les plus forts : voilà pourquoi un moteur « tire » 5 à 8 fois son courant nominal au démarrage (d’où les procédés comme le démarrage étoile-triangle).
- À vide : presque aucun couple à fournir, le rotor monte tout près de ns : g ≈ 0 (quelques dixièmes de pourcent).
- En charge nominale : g = quelques %, la valeur qu’on calcule à partir de la plaque.
Autre relation utile (souvent demandée en STI2D/MELEC) : la fréquence des courants induits dans le rotor vaut
fr = g × f
Au démarrage (g = 1), les courants rotoriques sont à 50 Hz ; à g = 4 %, ils ne sont plus qu’à fr = 0,04 × 50 = 2 Hz. Le rotor vit dans un monde électrique très lent.
Exercice type BAC corrigé
Énoncé. La plaque signalétique d’un moteur asynchrone triphasé indique : 400 V – 50 Hz – 2880 tr/min.
- Déterminer la vitesse de synchronisme ns et le nombre de paires de pôles p.
- Calculer le glissement nominal g.
- Calculer la fréquence fr des courants rotoriques au fonctionnement nominal.
Corrigé.
1. La vitesse réelle (2880 tr/min) est toujours juste en dessous d’une vitesse de synchronisme. À 50 Hz, les ns possibles sont 3000, 1500, 1000, 750 tr/min… La plus proche au-dessus de 2880 est ns = 3000 tr/min. On en déduit p : ns = 60 × f / p → p = 60 × f / ns = 60 × 50 / 3000 = 1 paire de pôles (moteur bipolaire, 2 pôles).
2. g = (ns − n) / ns = (3000 − 2880) / 3000 = 120 / 3000 = 0,04 → g = 4 %.
3. fr = g × f = 0,04 × 50 = 2 Hz.
Vérification rapide (réflexe à prendre) : un glissement nominal doit tomber entre ~1 et ~8 %. 4 % : cohérent. Si tu trouves 40 % ou 0,04 %, tu t’es trompé de ns ou tu as oublié le ×100.
Le calcul dans l’autre sens
On te donne parfois g et on te demande n. Il suffit de retourner la formule :
n = ns × (1 − g)
Exemple : ns = 1000 tr/min et g = 3 % = 0,03 → n = 1000 × (1 − 0,03) = 1000 × 0,97 = 970 tr/min.
Questions fréquentes
Le glissement peut-il être nul ?
En fonctionnement moteur, non : sans glissement, pas d’induction, donc pas de couple. Seule la machine synchrone tourne exactement à ns, car son rotor crée son propre champ au lieu de dépendre de l’induction.
Le glissement peut-il être négatif ?
Oui : si une charge entraîne le rotor plus vite que ns (n > ns), alors g < 0 et la machine fonctionne en génératrice asynchrone : elle renvoie de l’énergie au réseau. C’est le principe de certaines éoliennes.
Pourquoi la plaque indique-t-elle 1440 tr/min et pas 1500 ?
Parce que la plaque donne la vitesse réelle au point nominal, glissement déduit. Le « 1500 » n’est jamais écrit : c’est à toi de reconnaître la vitesse de synchronisme juste au-dessus. C’est un des pièges classiques de la lecture de plaque signalétique.
Le glissement dépend-il de la charge ?
Oui, directement : plus le couple demandé augmente, plus le rotor ralentit, plus g augmente. Le glissement nominal correspond au couple nominal ; à vide il est presque nul.